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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 16:39

En mai 1992 la marche devient de plus en plus difficile. Je fais une vingtaine de pas et je dois m’arrêter. Dans le même temps, le gros doigt de pied gauche noirci sous l’ongle.

Je vais revoir le médecin qui ne peut me recevoir qu’en juin. Je lui montre mon pied et lui explique que je marche difficilement. Voyant le gros doigt de pied noir, il s’écrie :

-         Ah ! ce n’est pas bien grave ! vous êtes fraiseur, n’est-ce pas ? c’est un copeau qui s’est glissé sous l’ongle, je vais l’enlever.

Je m’allonge sur la table faite pour et, avec une grosse épingle, le médecin commence à farfouiller sous l’ongle. Je crie.

Imperturbable, le médecin demande :

-         Je vous fais mal à ce point là ? vous êtes bien douillet.

-         Sans doute, excusez-moi, arrêtez avec votre épingle.

-         Bien. Je vais vous envoyer chez un chirurgien et avec un bon coup de bistouri, il va vous ôtez ce copeau qui est peut-être enfoncé un peu loin.

 

Je vais voir le chirurgien. Il m’allonge, tâte le pouls de chaque cheville et déclare :

-         Ce n’est pas un problème de copeau. Il n’y a plus de circulation dans la jambe gauche.

Ce que n’avait pu diagnostiquer le médecin en un an et demi, le chirurgien l’avait fait en quinze secondes !

Huit jours plus tard, je passe une artériographie. J’ai du mal à me rendre du parking à la clinique. Je fais deux pas et dois m’arrêter tellement la douleur est forte.

L’artériographie montre une artère bouchée sur une bonne longueur, de la cheville à mi mollet.

Je suis hospitalisé pour quinze jours dans une clinique de Valenciennes. (Je reviendrai chez moi, un an plus tard)

On me fait un puis deux puis trois pontages qui se rebouchent  chaque fois.

Lorsque le chirurgien vient m’annoncer l’irrémédiable, je suis avec ma sœur.

-         Les pontages ne résolvent rien, le diagnostique a été fait trop tard. Nous devons amputer votre jambe pour empêcher la gangrène de monter jusqu’au cœur. Lorsque vous serez moralement prêt, vous le direz.

C’était un vendredi de juillet 1992. Je réponds :

-         Coupez tout de suite, s’il vous plaît, ça me fait trop mal.

Ça n’est pas possible, le week-end arrive. Nous opérerons lundi.

 

Je suis amputé le lundi.

Au réveil, j’ai autant mal qu’avant. Je suis découragé.

C’était le début d’une autre histoire !

 

Moralité : Si le médecin vous dit d’arrêter votre cinéma, changez-en (de médecin).

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 17:13

di-antalvic-images.jpg

Depuis quelques jours, j’entends aux informations ( ?) que le Tramadol est devenu soudain objet de suspicion. C’est le médicament antidouleur générique qui a remplacé le Di-Antalvic, le Topalgic ...
Le tramadol fait l'objet d'une surveillance de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Il est accusé de tous les maux : effets secondaires, drogue et dépendance etc.
Personnellement, j’en prends lorsque la douleur de l’amputation se réveille. Je n’ai pas vu d’effets secondaires : par exemple, la jambe n’a pas repoussé.
On dit que c’est une drogue. Tout médicament est une drogue et doit être prescrit par un médecin.
Sous prétexte que quelques uns en prennent en grande dose afin d’être dans le cirage, ceux dont la douleur est soulagée par le tramadol devront vivre avec leur douleur !
Les messieurs qui n’ont pas mal et qui décident pour les autres qui ont mal, vont une fois de plus trouver le moyen radical : la suppression. Mieux vaut souffrir que guérir …


tramadol-images.jpgIl serait bien de voir si les fabricants de médicaments non génériques qui ont les mêmes effets antidouleur que le tramadol, ne sont pas à l’origine de cette campagne soudaine anti tramadol. Pour eux, en effet, il y a un manque à gagner évident.
De puissants lobbyings, par exemple les laboratoires pharmaceutiques, vont encore gonfler leurs pectoraux pour dire : halte au tramadol ! nous, on perd des sous !
J’ai ouï-dire que l’ancien directeur de l’Agence Européenne du Médicament (EMA) a profité de son poste pour créer une société de lobbying au service... des industries pharmaceutiques.

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 17:20

C’est en janvier 1991 que je ressens les premières douleurs dans la jambe gauche. Ce sont surtout des crampes la nuit, parfois dans la journée. Les douleurs persistent et je vais voir le médecin. Après m’avoir écouté, le médecin dit que c’est une sciatique qui pourrit mes nuits.
Il me donne des cachets.
Je repars, rassuré par les paroles et le diagnostic du toubib. Je prends les comprimés consciencieusement.
Les mois passent mais pas les douleurs. J’ai toujours les crampes auxquelles s’ajoutent des grouillements curieux dans la jambe. Je décide de prendre un nouveau rendez-vous avec le médecin. Celui-ci est étonné. Les comprimés auraient du sinon supprimer, du moins soulager les douleurs. Il fait une lettre à un radiologue pour une photo inoubliable que je pourrai, si je le veux, encadrer et accrocher dans la salle à manger.
Je ‘pose’ un mois plus tard, en mai. La radio dénonce une hernie discale.
Au travail, il y a des problèmes qui annoncent un avenir difficile. Nous faisons tout pour en savoir plus mais le patron ne lâche rien. Il a cette phrase historique :
-    Je réponds à qui je veux, quand je veux, où je veux.
Ce n’est qu’en septembre 1991 que je vais chez le médecin pour lui montrer la radio de mai. Je lui explique que les douleurs de la jambe iraient plutôt dans le sens de la hausse contrairement à nos salaires. Le médecin ne saisit pas la subtilité humoristique des mes paroles. Il regarde la radio, l’étudie longuement et après une bon quart d’heure, décrète la présence d’une hernie discale. Le radiologue avait mis une minute pour arriver à la même conclusion.
Le médecin est heureux :
-    Cela confirme mon diagnostic : cette hernie discale est la cause de votre sciatique. Quelques piqûres et terminée la souffrance.
C’est curieux comme la joie d’un médecin est communicative ! Je suis, finalement, moi aussi, heureux. La radio a confirmé le pressentiment du médecin et je suis impatient d’être piqué par une infirmière tous les deux jours pendant deux semaines, avant de partir au travail.

En décembre je décide de retourner chez le médecin pour lui expliquer que les piqûres n’ont pas eu beaucoup d’effets. Il répond :
-    Pas beaucoup ? c’est à dire un peu quand même.
Comme quoi, il faut toujours faire attention à ce que nous disons aux médecins et autres spécialistes …
Il me dit de patienter, prescrit une nouvelle série de piqûres et nous prenons rendez-vous pour après les fêtes, en janvier 1992.
Je n’ai guère profité de ces fêtes. La charge de travail, dans l’entreprise, est inquiétante comme ce qui se passe dans ma jambe.
Le patron ne veut toujours pas s’expliquer et ma jambe ne veut toujours pas me laisser tranquille. Maintenant, c’est lorsque je marche que la douleur se réveille, comme si ma jambe ne voulait plus m’obéir.
En janvier, je vais au rendez-vous prévu avec le médecin. Je lui raconte les douleurs. Il ne veut pas me croire !
-    Avec les piqûres, vous ne devriez plus avoir mal. Vous n’en rajouteriez pas un peu pour avoir un arrêt de travail ?
J’ai le souffle coupé et ne trouve pas quoi lui répondre. Il m’octroie une semaine d’arrêt et de nouvelles piqûres.


(à suivre : vous saurez si le médecin aura raison de la sciatique ....)

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 08:16

C’est en juillet 1992. J’ai été amputé il y a quelques jours.

Nous avons tous nos pudeurs. J’en avais assez de me faire essuyer le derrière même par une belle infirmière. Lorsque je voulais aller aux toilettes, je devais sonner et quelqu’un venait pour m’installer sur une chaise percée.

Ce jour là, je décide d’y aller seul. Je mets le pied qui me reste, parterre. Je me risque dans une danse à cloche-pied en me tenant à tout ce qui était à ma portée.

Je suis fier. J’ai réussi à m’installer sur la chaise percée. Une fois l’affaire faite ( !) je me mets debout sur ma jambe droite. Là, il me faut, excusez pour les détails, prendre d’une main le rouleau de papier toilette, de l’autre essuyer mon joli petit derrière. Et là, c’est la cata !

Je n’ai pas le temps de dire ouf que je me retrouve allongé sur le sol, la chaise renversée avec le contenu que je viens de mettre dans le seau glissé dessous !

Je suis incapable de me relever. Je crie.

En 1992, tout n’était pas aux normes actuelles. La porte de la chambre s’ouvre vers l’intérieur. Elle est bloquée par la chaise et par mon corps. L’aide-soignante appelle de l’aide. Elles sont trois à pousser la porte et la chaise et moi-même.

Tout rentre dans l’ordre. Je suis dans mon lit après que l’essuyage final ait été fait d’une main douce.  Je me fais engueuler gentiment.

-         Il faut nous appeler, vous le savez ! Vous ne pouvez pas encore sauter tout seul !

-         Ben … vous avez suffisamment de travail pour que je n’en rajoute pas.

-         Là, c’est raté !

A vous de deviner si mon excuse était la bonne !

Le lendemain de cette petite aventure, un homme vient me voir. Je ne le distingue pas bien dans la pénombre. Il s’assied sur mon lit et se met à m’expliquer que je dois commencer par le commencement, c'est-à-dire, trouver mon nouveau centre de gravité.

-         Tout est question d’équilibre. Vous ne le trouverez pas seul au début. Il faut accepter une aide. Je reviendrai dans deux jours et nous commencerons ensemble.

L’homme qui est un kiné, m’apprend une aide-soignante, revient le jour promis.

L’aide dont il m’avait parlé n’est pas seulement lui-même, c’est aussi un appareil qu’il appelle un déambulateur.

Le kiné cherche mon bras et m’aide à me mettre debout en mettant mes mains sur le déambulateur. Il reste assis sur le lit et me dit de faire des allers-retours dans la chambre en faisant du cloche pied. Je me tiens au déambulateur, très fort pour que personne ne me l’arrache..

 

-         Trouvez-vous où est votre équilibre ?

Je lui dis oui pour lui faire plaisir. Ça n’est pas si simple !

-         Encore deux séances avec le déambulateur et vous prendrez des cannes anglaises.

 

C’est le jour des cannes anglaises. Le kiné demande à une aide-soignante de dégager la chambre pour que je puisse aller et venir. Le kiné me dit de ne pas avoir peur. Il me dit comment mettre les cannes en avant et de basculer ensuite mon corps.

-         Ne faites pas de grands pas au début. Ne vous inquiétez pas, je vais vous soutenir pendant quelques pas, au cas où, puis à vous d’y aller seul !

Je prends les cannes. Je sens le soutien solide de la main du Kiné sous l’aisselle et je pars à l’aventure dans la chambre. Je fais quelques pas et c’est parti.

Grâce à ce kiné je retrouve une certaine indépendance et je pourrai aller seul dans la salle de bain et aux toilettes. Finie la toilette au lit, finie l’attente pour que quelqu’un m’aide à m’asseoir sur un seau.

 

J’ai oublié de vous dire ! Le kiné était non-voyant. Je ne m’en suis aperçu qu’à sa troisième visite. La confiance avait fonctionné entre nous et jamais je n’ai eu peur lorsque j’ai fait mes premiers pas avec lui.

Les aveugles guident les boiteux !

 

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 09:14

Au point de départ, il faut savoir que je m’appelle Lelièvre et que j’habite un quartier qui s’appelle ‘La Chasse Royale’. Le lèvre de la Chasse Royale, c’est moi.

Je porte bien mal mon nom depuis l’amputation car je ne cours plus très vite. Pourtant du temps de ma jeunesse, j’ai été champion junior au cent mètres de la région où j’habitais alors. J’ai participé au championnat de France d’athlétisme à Lille (prémonition !) et je me souviens des rires gentiment moqueurs lorsqu’on a appelé ‘Lelièvre au départ de la finale du cent mètres’. Il est loin où Lelièvre portait dignement son nom !

 

Un jour que j’étais mal réveillé à la clinique où j’avais été amputé, l’infirmière entre dans la chambre. Je rouspète à ma façon, l’infirmière remarque :

-         Vous vous êtes levé du pied gauche aujourd’hui !

Pensant soudain qu’elle venait de faire une gaffe, elle ajoute :

-         Excusez-moi, j’avais oublié.

Elle montre le moignon.

Je l’ai rassuré et nous rions tous les deux de bon coeur. Si je n’ai plus d’humour, je suis foutu. Elle avait réussi à me mettre de bon humeur.

 

Il paraît qu’à mon réveil, après l’amputation, ma première question a été :

-         Pourrai-je redanser un jour ?

Comme quoi, chacun à ses propres valeurs…

 

A Valenton, centre de rééducation et d’appareillage, nous ne sommes que des amputés en attente de prothèse pour marcher à nouveau.

Un jour ils installent un distributeur de préservatifs dans le couloir. Chaque soir nous parlons à plusieurs et cela peut aller jusqu’à des deux heures du matin.

J’ai une idée que je soumets au groupe. Nous pourrions faire de la pub sur ce distributeur en relation avec celles et ceux qui sont dans la maison. Je propose qu’on écrive sur l’appareil : ‘PROTHESEZ-VOUS !’

Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous trouvons un carton, un feutre, du collant et nous mettons notre affiche.

Le lendemain le directeur voit l’inscription. Nous savons qu’il n’a pas d’humour, le pauvre. De fait, il ordonne d’enlever immédiatement notre affiche …

 

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 09:18

Avec des amies et des amis, J’étais dans une ville près de Boulogne sur mer pour trois jours. Je ne me souviens plus où exactement, mais ce n’est pas grave.

C’était pour une formation proposée par le syndicat. Nous avions réservé des chambres d’hôtel en prévenant qu’il y avait une copine handicapée et en fauteuil avec nous.

No problème ! sur le site c’était écrit ‘accessible’ et l’hôtelier nous l’avait confirmé par téléphone.

Nous arrivons. La première journée de formation, après avoir fait la route en voiture, nous a mis sur les rotules.

Le soir, nous allons vers l’hôtel où étaient réservés nos chambres. Déjà à l’arrivée, en garant les voitures, nous voyons deux marches avant de franchir la porte de l’hôtel.

Nous disons à notre amie en fauteuil de patienter le temps que nous allions aux renseignements. Un grand monsieur et un beau sourire nous accueillent. Nous demandons si il y a une autre entrée pour notre amie en fauteuil qui attend dehors.

-         Non, il n’y en a pas mais, rassurez-vous, nous avons prévu une chambre au rez-de-chaussée.

Nous ne disons trop rien et les plus costauds d’entre nous transportent le fauteuil et la copine dessus pour arriver dans le hall de l’hôtel.

Fatigués mais heureux d’être ensemble, nous décidons de boire un verre au bar. Nous buvons (pas trop), nous parlons, nous racontons des histoires, nous rions. Après une journée de travail où nos neurones ont bossés plus que d’habitude, ça fait du bien !

Au cours de la soirée, la copine en fauteuil dit tout bas à sa voisine qu’elle voudrait aller aux toilettes.

Re - no problème ! après une courte navigation  dans le couloir, elles trouvent l’entrée annoncée avec une petite bonne femme en jupette et un sigle GIC, accrochée au-dessus d’une porte. Elles entrent et, O bienheureuse surprise ! une nouvelle porte et un nouveau sigle annoncent : toilettes pour handicapés. Celle qui accompagne la copine en fauteuil ouvre la porte.

Un cri mélangé de surprise et de rire nous arrête dans nos histoires. Nous allons voir et ne trouvons que la copine pliée en deux sur son fauteuil tellement elle se marre. Devant elle, un monceau de cartons dans tous les sens.  Quelques uns bougent et apparaît le visage de l’autre amie, puis les mains et enfin tout le corps. Elle reste assise parterre, gagnée par le fou rire, elle aussi. Souvent la peur sans bobo engendre le rire …

-         D’où viennent ces cartons ?

Elles montrent du doigt en pouffant, incapables de parler.

Des cartons empilés dans les WC pour handicapés s’étaient écroulés en ouvrant la porte. Derrière il y a un bric-à-brac de chaises défoncées, de structures métalliques qui avaient été des lits, de bouts de bois etc.

Nous allons voir le grand monsieur qui nous a accueilli pour avoir des explications.

Il répond sans rire (contrairement à nos amies) :

-         Ces toilettes servent comme débarras car nous ne voyons jamais d’handicapés.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 09:47

 Ce jour là je n’avais pas pu mettre ma prothèse, celle-ci ayant blessé le moignon de la jambe gauche.

Je gare ma voiture sur le parking, près de chez moi. J’avais un sac à dos et une valise à prendre dans le coffre.

Il faisait beau, c’était les vacances scolaires, il y avait beaucoup de monde dehors pour profiter du soleil généreux.

Je prends mon sac à dos, mes cannes et vais chez moi. Là j’enlève le sac à dos, je pose mes cannes et retourne à la voiture en fauteuil roulant pour revenir avec la valise sur mes genoux.

Un groupe de ‘grandes personnes’ papotent près de ma voiture, ils me voient sans me regarder. Je fais du cloche-pied, j’ouvre le coffre en dansant sur une jambe, je prends la valise en la tirant comme je peux. Je n’ai pas le temps de fermer le coffre qu’une petite fille vient près de moi en courant et me dit tout essoufflée : « Je peux t’aider monsieur ? » « Ce n’est pas de refus ». Pendant ce bref dialogue une dizaine d’autres enfants nous rejoint et chacune, chacun se propose. Les uns portent la valise à deux, une autre pousse le fauteuil où je suis assis, d’autres encore nous accompagnent, formant une farandole joyeuse et bruyante de la voiture à ma maison.

Quittant ainsi le parking, je lance aux ‘grandes personnes’ qui continuent de papoter : « Heureusement que j’ai trouvé de l’aide ! »

Arrivés à la maison, je dis un grand merci aux enfants en leur disant : « J’ai eu de la chance que vous soyez là ! » La petite fille, à l’origine de ce geste d’entraide, me dit avec un beau sourire :  « Si t’as besoin une autre fois, faut le dire ! »

Si j’avais eu du culot, j’aurais été dire aux ‘grandes personnes’ : «  Vous avez des yeux mais ne voyez pas !.”

 

Prochaine histoire: "Au secours ! Les toilettes débordent !"

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 17:27

Réponse de Val Hainaut Habitat !  Rappelez-vous l’histoire de la gouttière. (n°3)

Le bailleur qui m’abrite a répondu à ma demande. Il accepte de déboucher la gouttière mais, je le cite :

 «  Nous vous rappelons( … ) qu’il s’agit de prestations d’ordre locatif, vous devez donc les réaliser ou les faire réaliser à votre charge. ( ? )

Exceptionnellement, connaissant votre condition physique, Val’Hainaut Habitat a commandé les travaux pour vous, mais vous comprendrez que nous ne pouvons le faire pour tous les locataires et que cela ne doit pas créer de précédent. »

En résumé, ils prennent en pitié ma condition physique et je ne dois en parler à personne pour ne pas faire de précédent. Alors chut !

Si une ou un avocat, ou quelqu’un qui connaît les droits propriétaires – locataires lit cet article, j’aimerais avoir son avis sur la question : les travaux qui concernent gouttière défaillante et toit plat inondé sont-ils à la charge du locataire ? Merci.

 

Comme promis, prochaine histoire: Ils ont des yeux et ne voient pas.

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 08:30

Avez-vous, un jour, tenté de joindre la MDPH (maison départementale de la personne handicapée)  au numéro de téléphone inscrit sur leurs courriers? Si vous le faites, mettez le haut-parleur de votre téléphone et prenez un bouquin avec vous.

J’ai essayé, tenté, devrai-je dire.

J’ai reçu une lettre me proposant une date de rencontre chez moi. (pour la douche inaccessible, vous savez !) Le rendez-vous ne me convenait pas. J’ai obéi à la lettre qui disait : ‘en cas d’impossibilité de votre part, je vous remercie de contacter le n° suivant : 03 59 73 73 73 ’(c’est la MDPH de Lille)

Je fais donc le numéro. Aussitôt une voix (c’est pas quelqu’un !) me conseille : « Nous vous invitons à raccrocher, il y a trop d’appels actuellement » Je reste quelques secondes quand même, au bout du fil, comme on dit. Ma patience est récompensée : j’entends une autre voix (pas la même, féminine cette fois) : « Nous vous remercions de patienter, nous allons donner suite à votre appel dans quelques instants »

J’attends deux minutes, cinq minutes, dix minutes, onze minutes quarante deux secondes (11’42’’ !) : toujours le même refrain : « … de patienter …dans quelques instants…. »

J’ai raccroché.  Ras le bol !

Peut-être que la MDPH a embauché une personne handicapée sourde mais à la salive abondante ?

Je réessaye les jours suivants. La voix impersonnelle du téléphone n’a pas été licenciée !

Vous direz : « Bof ! c’est la même chose à Pole emploi ou ailleurs ! » Et oui ! c’est pareil, malheureusement ! Par exemple, plus il y a de chômeurs, moins il y a de personnes pour les aider. Savez-vous qu’il y 19% de chômeurs dans la ‘catégorie handicapés’ ?

Belle invention à la mode sarkosienne que les MDPH départementales qui remplace les anciennes Cotorep qui étaient plus proches de chez nous … Nous avons maintenant une grosse maison tentaculaire incapable de faire face aux demandes et aux appels.

 

 

Toujours la MDPH. Je vais vous dire un secret qui doit rester entre nous parce que je n’ai pas le droit de le divulguer.

Lors des réunions des commissions de cette grande maison, des gens sérieux attribuent la ‘qualité’ ou non d’handicapé, décident pour des jeunes d’aller ou non dans tel ou tel établissement, reconnaissent ou non le ‘label’ « Travailleur handicapé » etc.

Il y a, ce vendredi là, 21 participants à la réunion hebdomadaire de la commission. Ils sont réunis de 9 heures à midi.

 

Accrochez vos ceintures : pendant ces trois heures, ils doivent discuter ensemble de 8 dossiers difficiles, consulter des feuilles sur lesquelles il y a des centaines de demandes et mettre leur avis en marge, recevoir et écouter trois personnes qui ont été convoquées. Tout cela en même temps et en trois heures.

Ça fait sérieux, n’est-ce pas ?

C’est pas tout ! Au sujet des 8 dossiers pour lesquels chacun donne son avis, il y a un vote final pour chacun de ces dossiers.

Ils sont donc 21. Un est le président. Un est le médecin de la MDPH. Dix neuf sont des représentants, qui des associations d’handicapés, qui des syndicats, qui des écoles spécialisées, qui des organismes telle la Cotorep, etc. Total : 21.

Passage au vote sur un dossier (il y a quelqu’un derrière !) : 18 favorables à la demande. 2 défavorables. Qui, croyez-vous qui l’emporta ? Les deux voix bien sûr !

Explication : le président a Une voix, le médecin a Une voix, les autres (associations, syndicats etc.) qu’ils soient trois ou cinquante ont Une voix. Ce qui nous fait : 18 favorables = 1 et deux défavorables = 2.

Les défavorables (2) l’emportent sur les favorables (18) sur le score de deux contre un …

Et c’est le même score pour la majorité des dossiers. Ça doit quand même être handicapant à la longue, pour quelqu’un, de dire toujours non. Paraît que c’est un monomaniaque …

C’est la démocratie à la mode sarkosienne (encore elle et je ne suis pas monomaniaque !) qui permet d’éliminer pas mal de demandes !

 

A suivre : « Ils ont des yeux et ne voient pas »

 

 

 

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 09:49

J’aimerais vous raconter l’histoire d’un manchon. Le manchon, c’est une sorte de cylindre caoutchouteux qui se met sur la peau du moignon de la personne amputée, avant d’enfiler la prothèse.

Personnellement, j’ai été amputé en 1992 et appareillé au C.R.A. (centre de rééducation et d’appareillage) à Valenton, près de Créteil dans la région parisienne.

Après pas mal de rééducation et avoir réappris à marcher, je suis reparti de ce centre, heureux d’être à nouveau indépendant. C’est ce que je croyais, mais j’en reparlerais.

Je suis retourné à Valenton au C.R.A (centre de rééducation et d’appareillage) une ou deux fois par an pour réadapter la prothèse au moignon qui changeait parfois de forme.

Tout allait bien avec la prothèse jusqu’au jour où ….

Pendant 17 ans, le manchon était fait avec une matière mélangeant du caoutchouc et une autre substance dont je n’ai jamais su le nom. Peu importe ! Je (je = le moignon !) supportais bien cette matière d’autant que la peau était protégée par un bas léger. Le manchon s’accrochait alors dans le fond de la prothèse tel un gros bouton pression.

J’arrive à Valenton pour l’essayage d’une nouvelle prothèse. Le moulage du moignon avait été fait deux semaines avant.

Je vois le prothésiste (qui est aussi le kiné à Valenton : un gros avantage car nous n’avons à faire qu’à une seule personne) arrivé avec un objet bleu sous un bras et la prothèse sous l’autre. Ce n’est pas la couleur habituelle du manchon. Je l’interroge. Il a un grand sourire.

-         C’est nouveau, ça vient de sortir !

-         C’est un manchon nouveau ?

-         Ben oui ! pas un beaujolais nouveau !

-         Dommage.

Il explique : les manchons sont faits maintenant en silicone, c’est beaucoup plus souple. L’accrochage de la prothèse se fait en vidant l’air entre le moignon, le manchon et la prothèse. Je fais un essai. De fait c’est plus souple, plus confortable. Le manchon adhère (c’est le moins qu’on puisse dire !) directement à la peau.

Je repars avec la prothèse nouvelle.

Un soir que j’enlève le manchon, bien adhérent à la peau comme je le disais tout à l’heure, mais tellement adhérent qu’un beau morceau de peau vient avec. Et je ne peux plus mettre la prothèse. Je ne savais pas alors que cela allait durer plus de deux ans !

 

A Valenton, je dis que le manchon ne va pas. Devant le spectacle du moignon à la peau arrachée, j’entends : « Mais ça vient de sortir ! les chercheurs ont trouvé, les prothésistes sont heureux, vous n’allez quand même pas remettre en cause l’avancée de la recherche et de la science ! » Je réponds que ce n’est pas moi mais le moignon qui remet en cause l’avancée de la science !

Je quitte Valenton pour faire les prothèses à l’hôpital de Valenciennes. On ne sait jamais ! Ils utilisent peut-être l’ancien manchon. Et bien non ! Même manchon en silicone, même discours ! A croire qu’il y a un stock de manchons en silicone à liquider en France, qu’un marché juteux a été obtenu par le fabricant.

Comme d’hab. les principaux concernés ne peuvent que subir. Les concernés sont consternés : « Les manchons ne sont pas pour les manchots mais pour ceux qui y mettent de la bonne volonté ! et toc ! », sauf que ma peau n’est pas d’accord ! On est pas tous sortis du même moule, que diable !

Plus tard ce seront des greffes de peau (oui, au pluriel) mais c’est une autre histoire que je raconterai bientôt.

 

 

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