Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 18:45

Je me souviens …. J’étais alors développeur CFDT dans les petites entreprises de la métallurgie du valenciennois.

Un jour, un gars me téléphone pour un rendez-vous. Nous nous rencontrons dans un café. Il m’explique :

-         Je travaille dans l’atelier protégé de Marly où nous sommes une cinquantaine d’handicapés physiques.

Je me suis renseigné, d’après la fiche de paie nous dépendons de la convention collective de la métallurgie du valenciennois. Nous sommes plusieurs copains à vouloir des délégués. Ce ne sont pas les problèmes qui manquent. Par exemple quelqu’un a été licencié parce qu’il n’avait pas suffisamment de rendement. Si nous sommes dans un atelier dit protégé c’est justement parce que nous avons des handicaps qui ne nous permettent pas de travailler aussi vite que les autres !

Je l’écoute pendant deux heures. Au troisième demi je prends ses coordonnés et lui promets d’aller voir son patron pour organiser des élections. J’ajoute :

-         Il faudra décider un autre copain pour être ton suppléant. En attendant tu vois qui acceptes de se syndiquer. Surtout fais ça après le boulot et ne dis rien de ces élections. Si ton patron l’apprend tu peux être sûr qu’il mettra des bâtons dans les roues en te cherchant des poux dans la tête. Ils se plaignent tous de n’avoir personne avec qui négocier mais lorsqu’on leur propose des délégués ils font tout pour qu’il n’y en ait pas, va comprendre !

 

Le patron est ébahi.

-         Des délégués ici ? Mais pourquoi ? Tout va bien. Qui vous a demandé ça ?

-         Vous aurez les noms en temps et heure. Avant il faut décider une date pour des élections et à partir de cette date nous ferons un calendrier.

Le lendemain je rencontre le copain qui avait accepté d’être délégué. Il était avec un autre qui était OK pour être suppléant. Ils me racontent :

-         Après ton départ hier, le patron a fait une descente dans l’atelier. Il nous a tous réunis. Il était au bord de l’apoplexie ! Des délégués chez nous, c’était impensable ! Déjà qu’on est handicapé, on voulait rajouter un autre handicap !(dixit) Il a voulu savoir qui était à l’origine de cette connerie (redixit). Nous avons suivi ton conseil. Nous n’avons rien dit sinon nous avons compris que c’était le licenciement assuré.

 

Cette petite entreprise n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Aux ateliers protégés il a fallu plus de trois mois avant d’organiser ces élections. Tous les prétextes y sont passés : la loi ‘protège’ les ateliers protégés en ne prévoyant pas de délégué dans ce genre d’établissement (ce qui bien sûr était faux.) Il y avait trop de malades pour que les élections soient représentatives (et le vote par correspondance ?) Celui qui serait élu ne saurait pas parler et ne comprendrait rien (ce sont des handicapés physiques qui sont dans ces ateliers !) Les élections sont voulus par un gars, les autres n’en veulent pas (nous verrons bien lors des élections.) etc.

Il aura fallu que j’écrive à l’APF (association des paralysés de France) qui gérait ces ateliers pour que les élections se déroulent enfin avec une participation de près de 90%.

J’avais écrit à l’APF : ‘Vous aimez bien organiser les handicapés mais vous n’aimez pas que les handicapés s’organisent !’


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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 10:22

Femmes de ménage, brancardiers, aides soignant,

Infirmières, kinés, médecins, étudiants

Tous debout

A l’heure du rossignol ou du hibou.

Devant l’allongé

Pour alléger

Le fardeau imposé

Par l’accident ou la vie mal dosée.

 

Veilleurs

De douleur,

Eveilleurs

De chaleur.

 

Leurs gestes sont des caresses

Ils soulèvent le mal qui oppresse,

Faiseurs de miracles journaliers

Avec des mains alliers,

Sourires naturels

Qui redonnent des ailes.

 

Ils soutiennent l’oiseau plaqué au sol

Jusqu’à ce qu’il reprenne son envol.

Ils font route

Avec ceux qui sont en déroute.

Ils aident

Les mains raides

A retrouver leur souplesse.

Ils cheminent sans cesse

Avec le perdu ou le suicidaire

Pour lui redonner de l’air.

 

Tellement heureux

Que de la vie le malade reprenne le jeu,

Ils ouvriront leurs bras

A l’homme redevenu homme qui rira.


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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 11:05

Un jour je me promenais avec une amie qui était en fauteuil.

Nous faisions du lèche vitrine dans le centre ville. Mon amie (disons : Valérie) me propose d’entrer dans un magasin. Elle a vu quelque chose qui lui plaît. Une robe.

Futée, la vendeuse s’adresse à Valérie avec un grand sourire, elle lui demande si elle veut quelque chose de précis (elle ne me demande rien vu qu’il y en a que pour les femmes dans le magasin !) Valérie lui montre la robe avec des yeux d’envie. Elles parlent un moment toutes les deux : taille, coloris etc. Moi je regarde les gens qui se promènent dehors sur le trottoir.

Valérie fait son choix et, super, il y a ce qu’elle désire dans les réserves du magasin. La vendeuse propose à Valérie d’essayer la robe et me dit :

-         Monsieur, si vous voulez bien accompagner votre femme dans la cabine d’essayage.

Je lui dis que Valérie n’est pas ma femme, c’est une amie. Je regarde la cabine d’essayage et je me dis qu’à deux là-dedans il faut être soit l’un au-dessus de l’autre, soit collés sans trop pouvoir bouger. C’est pas que ce serait désagréable mais, bon, pour enfiler une robe, dur dur ! et puis il y a le fauteuil.

Après un bref échange, la vendeuse comprend tout et propose à Valérie de l’accompagner dans une pièce, dans le fond du magasin. Au bout de trois ou quatre minutes, Valérie apparaît, resplendissante dans la robe de lumière qu’elle désire. Je lui dis qu’elle est très belle et elle fait un signe de tête à la vendeuse pour signifier qu’elle achète la robe.

Valérie paie et refait un tour dans le magasin. Elle peut choisir elle-même au lieu d’expliquer comme elle peut ce qu’elle veut pour que quelqu’un fasse la course à sa place. Je lui avais dit avant de partir d’en profiter et d’entrer dans les magasins qu’elle voulait. J’avais tout mon temps.

Pendant que Valérie se balade dans le magasin, la vendeuse vient vers moi et me glisse :

-         Comment fait-elle pour avoir toujours le sourire ? Moi, dans un fauteuil je ne saurais pas.

Je n’ai rien répondu tout haut mais au fond de moi je me suis dit : « Si tu savais ! Oui Valérie a un beau sourire vrai, franc, communicatif. Oui Valérie est heureuse. Mais ce soir, lorsque la porte de sa maison sera fermée, elle devra affronter, comme tous les gens comme elle, la solitude, la souffrance, l’impatience de ne pouvoir atteindre le livre, la bouteille d’eau, le vêtement qu’elle veut. Elle va avoir du mal à se mettre du fauteuil dans son lit. Pourtant, elle sera heureuse. Cette joie est au fond d’elle, blottie au fond de son cœur, collée à sa vie. Pourquoi ? Je ne peux pas répondre à sa place. Peut-être qu’elle aime la vie parce qu’elle sait que la vie est fragile ? … »

Je me souviens des larmes du gars handicapé dans le film ‘Intouchables’ lorsqu’il est seul le soir dans son lit.


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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 10:04

Il y a des jours comme aujourd’hui

Où, bien que dehors il n’y ait pas de pluie,

Le corps et la pensée entraînent vers des méandres

Au goût de mortelles nausées et de cendre.

 

Ca ne peut plus continuer,

Je vais faire mes bagages pour les nuées,

Au moins là haut je pourrai me déplacer,

Je ne resterai plus enfermer, effacer.

 

Avant, pleurer me faisait du bien.

Maintenant, ça ne me fait plus rien.

Les larmes me remettaient sur la voie,

Dans celles de ces jours-ci je me noie.

 

 

Il y a des jours comme aujourd’hui

Où, bien que dehors il ne fasse pas nuit,

Le corps et la pensée entraînent vers la solitude

Au goût de mortelles attitudes.

 

Rouler en fauteuil dans la maison,

Buter sans cesse contre les cloisons.

Marcher avec des cannes sur des chemins,

Ne pouvoir rien prendre dans les mains.

 

Je ne peux plus vivre ainsi,

Je ne crois pas à un messie

Capable de changer demain,

De me rendre heureux comme un gamin.

 

 

Il y a des jours comme aujourd’hui

Où, bien que dehors les nuages s’enfuient,

Que des gestes de paix se dessinent,

Je ne vois que ceux qui assassinent.

 

Tous font leur cinéma,

Mais enfoncent le monde en trauma ;

Visages souriants, accueillants,

Derrière leurs canons jamais défaillants.

 

Je n’accepte pas leurs visages de tueurs,

Je me sens impuissant, ne vois aucune lueur.

Si je ne peux rien faire

Pourquoi rester avec eux sur cette terre ?

 

Et puis, au bord de l’acte

Pour un insondable entracte,

Dans mon corps et ma pensée

Défilent des événements insensés :

 

Mes amis de tous les jours, désespérés.

Les larmes de ma famille, désemparée.

Il y eut alors ce coup de fil

Je m’y suis raccroché, il tombait dans le mille !

 

J’ai jeté les comprimés dans la cuvette,

Je crus voir un bouquet de pâquerettes…

 

Par lelièvre - Publié dans : Accueil - Communauté : Handicapés de tous les pays, unissez-vous !
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 18:32

Souvenez-vous, dans le numéro 1 de ce blog je vous ai raconté l’histoire de ma douche. Un petit rappel en deux mots : j’avais demandé à Val’Hainaut, mon propriétaire, de mettre une douche accessible à la place de la baignoire. Après avoir demandé mes papiers de reconnaissance handicapé pour des subventions, il a été installé une douche avec une marche de 30 cm pour entrer. A cloche pied c’est pour le moins risqué !

Voilà la suite :

La MDPH (maison départemental de la personne handicapée) peut aider pour ce genre de travaux d’aménagement du logement. J’ai donc fait une demande en envoyant deux devis faits par des artisans.

Après plusieurs mois d’attente une ergothérapeute est venue à la maison pour constater les besoins que j’avais. Un mois plus tard j’ai la réponse : OK mais il restera 2.248,88 euros à ma charge. (admirez la précision !) Il est évident que je ne peux mettre une telle somme. Mais, raconte le courrier, je peux faire une demande d’aide financière complémentaire au fonds départemental de compensation du Nord. Là, que j’me dis dans ma p’tite tête, une question se pose. Supposons que je dise oui. Si l’artisan est plus rapide que la réponse du fonds de compensation et que lorsque les travaux seront terminés je reçois une réponse négative d’aide … je me retrouve en taule illico pour non paiement de travaux effectués dans ma maison !

Et puis refaire un dossier, me remettre à genoux (ce qui m’est très difficile avec la prothèse) une troisième fois pour avoir une nouvelle aide, ça me fatigue. Oui, j’en ai marre.

Comme il est plus facile de se casser la figure dans la douche actuelle que de l’adapter correctement, j’ai décidé de choisir la solution de facilité.


Par lelièvre - Publié dans : Accessibilité - Communauté : Handicapés de tous les pays, unissez-vous !
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