Je me souviens …. J’étais alors développeur CFDT dans les petites entreprises de la métallurgie du valenciennois.
Un jour, un gars me téléphone pour un rendez-vous. Nous nous rencontrons dans un café. Il m’explique :
- Je travaille dans l’atelier protégé de Marly où nous sommes une cinquantaine d’handicapés physiques.
Je me suis renseigné, d’après la fiche de paie nous dépendons de la convention collective de la métallurgie du valenciennois. Nous sommes plusieurs copains à vouloir des délégués. Ce ne sont pas les problèmes qui manquent. Par exemple quelqu’un a été licencié parce qu’il n’avait pas suffisamment de rendement. Si nous sommes dans un atelier dit protégé c’est justement parce que nous avons des handicaps qui ne nous permettent pas de travailler aussi vite que les autres !
Je l’écoute pendant deux heures. Au troisième demi je prends ses coordonnés et lui promets d’aller voir son patron pour organiser des élections. J’ajoute :
- Il faudra décider un autre copain pour être ton suppléant. En attendant tu vois qui acceptes de se syndiquer. Surtout fais ça après le boulot et ne dis rien de ces élections. Si ton patron l’apprend tu peux être sûr qu’il mettra des bâtons dans les roues en te cherchant des poux dans la tête. Ils se plaignent tous de n’avoir personne avec qui négocier mais lorsqu’on leur propose des délégués ils font tout pour qu’il n’y en ait pas, va comprendre !
Le patron est ébahi.
- Des délégués ici ? Mais pourquoi ? Tout va bien. Qui vous a demandé ça ?
- Vous aurez les noms en temps et heure. Avant il faut décider une date pour des élections et à partir de cette date nous ferons un calendrier.
Le lendemain je rencontre le copain qui avait accepté d’être délégué. Il était avec un autre qui était OK pour être suppléant. Ils me racontent :
- Après ton départ hier, le patron a fait une descente dans l’atelier. Il nous a tous réunis. Il était au bord de l’apoplexie ! Des délégués chez nous, c’était impensable ! Déjà qu’on est handicapé, on voulait rajouter un autre handicap !(dixit) Il a voulu savoir qui était à l’origine de cette connerie (redixit). Nous avons suivi ton conseil. Nous n’avons rien dit sinon nous avons compris que c’était le licenciement assuré.
Cette petite entreprise n’est qu’un exemple parmi d’autres.
Aux ateliers protégés il a fallu plus de trois mois avant d’organiser ces élections. Tous les prétextes y sont passés : la loi ‘protège’ les ateliers protégés en ne prévoyant pas de délégué dans ce genre d’établissement (ce qui bien sûr était faux.) Il y avait trop de malades pour que les élections soient représentatives (et le vote par correspondance ?) Celui qui serait élu ne saurait pas parler et ne comprendrait rien (ce sont des handicapés physiques qui sont dans ces ateliers !) Les élections sont voulus par un gars, les autres n’en veulent pas (nous verrons bien lors des élections.) etc.
Il aura fallu que j’écrive à l’APF (association des paralysés de France) qui gérait ces ateliers pour que les élections se déroulent enfin avec une participation de près de 90%.
J’avais écrit à l’APF : ‘Vous aimez bien organiser les handicapés mais vous n’aimez pas que les handicapés s’organisent !’
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